August 5, 2014 | by Janet Neilson Print

Les réformes volontaires menées par Jean Chrétien dans les années 1990 ont alors sauvé le Canada. Et si on les essayait en France ?

Par Janet Neilson[*], depuis le Canada.

 

Au début des années 1990, la dette fédérale atteignait près de 70% du PIB et les intérêts pour le service de cette dette hors de contrôle représentaient près d’un tiers des recettes fédérales et plus d’un quart des dépenses fédérales. Le régime de pensions du Canada n’était pas viable face à une population vieillissante. Durant les années Thatcher / Reagan, un gouvernement progressiste-conservateur n’avait presque rien fait pour réduire les dépenses et fut presque éliminé du Parlement lorsque le Parti libéral de centre-gauche dirigé par Jean Chrétien arriva au pouvoir en 1993.Le Canada prêtait généralement à la plaisanterie quand on parlait de liberté économique. Un article du Wall StreetJournal avait même déclaré le pays « membre honoraire du tiers monde » au milieu des années 1990 en raison de sa dette et de ses dépenses hors de contrôle. Mais aujourd’hui, la performance économique du Canada se distingue au sein du G8, et alors que la gouvernance budgétaire a quelque peu souffert à la suite de la crise financière mondiale de 2008, le Canada n’est pas en proie aux problèmes apparemment insurmontables que rencontrent certains pays membres de l’UE et les États-Unis.

Qu’est-ce qui a changé ? Les idées dominantes. Alors que la crise menaçait et que les agences de notation de dettes commençaient à réévaluer le Canada, le travail de think tanks et de chefs d’entreprise, qui poussaient pour une meilleure gestion budgétaire du gouvernement du Canada, commençait à porter ses fruits. L’opinion publique changeait, et les batailles politiques devenaient sans objet. Chrétien pouvait être un social-démocrate, mais aucun parti ne pouvait rester au pouvoir sans réformes.

Entre 1993 et ​​2003, les dépenses fédérales du Canada ont diminué chaque année. Les changements les plus spectaculaires ont été adoptés par budget fédéral de 1995 du ministre des Finances, Paul Martin, qui réduisit les dépenses de programmes du gouvernement fédéral de 9,7% (dépassant l’objectif de 8,8% de coupes), en réduisant le nombre de fonctionnaires fédéraux de 14% et la taille des différents ministères de 40% sur ​​deux ans. Ce n’étaient pas des réductions dans la croissance prévue des dépenses, mais de véritables réductions de la taille de l’État.

Tous les programmes, sans exception, étaient soumis à « la revue des programmes », qui examinait d’une part si c’était au gouvernement fédéral de mener chaque programme, et d’autre part l’efficacité avec laquelle il effectuait ce travail. On demanda aux ministres d’évaluer leurs services sur les critères suivant: (1) l’intérêt public; (2) la nécessité de la participation de l’État; (3) le rôle approprié du niveau fédéral; (4) les possibilités de partenariat public-privé; (5) le potentiel pour une efficacité accrue, et (6) la faisabilité en termes de coût.

En plus de ces réformes, le contrôle de certains programmes fut décentralisé en le délégant aux provinces, et le régime de fédéral de retraites du Canada fut également réformé pour être entièrement financé.

L’économie progressait alors que l’État restreint libérait de la place pour le développement, faisant alors augmenter les recettes fiscales et permettant des réductions d’impôts, ce qui facilita la croissance économique. C’était, comme l’a déclaré Brian Lee Crowley de l’Institut Macdonald-Laurier, « un délicieux cercle vertueux ».

Par ailleurs, le Canada accueille le monde plus volontiers que notre voisin du sud. Le Canada accepte davantage d’immigrants qualifiés chaque année que les États-Unis, en dépit de sa population beaucoup plus petite, et il ne conditionne pas les entrées à des emplois spécifiques. Aucun grand parti ne s’oppose à l’immigration.

Le système bancaire canadien a été classé le plus solide au monde durant six années consécutives. Ce n’est pas que la réglementation y est plus restrictive ; c’est que les banques ont été autorisées à agir comme elles le jugent le plus prudent. Comme durant la Grande Dépression, le Canada n’a pas connu de faillites bancaires au cours de la récente crise économique.

Les défis demeurent cependant. Sous le gouvernement conservateur du premier ministre Stephen Harper, la taille de la fonction publique fédérale a augmenté de façon spectaculaire, les décisions d’investissement international ont été bloquées et les restrictions au commerce agricole (politiquement importantes) sont toujours soutenues. En dépit de sondages suggérant que le public continue à s’opposer à un déficit budgétaire, le gouvernement a lancé un plan de relance, le « Plan d’action économique du Canada », qui a plongé le pays dans des déficits consécutifs qui perdurent à ce jour. Et les provinces ont aussi leurs propres problèmes.

En dépit des meilleurs efforts de l’aile politique conservatrice pour réprimer les accusations de dépenses inconsidérées émanant de défenseurs d’un État modeste, les canadiens ne sont pas prêts à accepter des déficits sans plan pour équilibrer le budget. Bien que lente et timide en comparaison avec la réforme des libéraux de Jean Chrétien, une marche pénible mais régulière vers un budget équilibré est en cours. Le Canada continue de bien se porter sur le plan économique, avec les dépenses d’État-providence les plus faibles en pourcentage du PIB parmi les pays développés, un système bancaire stable et, en dépit de la croissance, un État, en pourcentage du PIB, comparable à ce qu’il était dans les années 1920.

La bataille pour un État modeste est une bataille non pas politique, mais une bataille d’idées. Les victoires passées du Canada fournissent à tous les pays des leçons à tirer dans l’avenir.

[*]Janet Neilson est directrice de l’Institute for Liberal Studies, un think tank canadien.

Cet article est syndiqué par le réseau AtlasOne et l’original est disponible ici :http://atlasone.org/2014/08/05/canada-shows-it-can-be-done/

Traduction : Emmanuel Martin

 http://www.contrepoints.org/2014/08/11/176699-comment-reformer-la-france-lexemple-canadien

Janet Neilson portrait
Janet Neilson is a director and a founder of the Institute for Liberal Studies. She is also a research assistant to Scott Reid in the House of Commons. She has worked as the Quality Management Assistant at the Department of National Defence, a health policy analyst at the Mackinac Center for Public Policy, and a teaching assistant at the University of Windsor. Neilson has a Bachelor of Commerce in Honours Business Administration, a Bachelor of Arts in Honours Economics, and a Master of Arts in International Affairs. Learn More about Janet Neilson >