March 25, 2015 | by Adam Allouba Print

L’économie canadienne a, les sept dernières années, suscité l’envie dans le monde, et ce, en grande partie grâce à sa réserve abondante en pétrole. Cependant, en août 2014, lorsque le prix du pétrole a chuté, les perspectives économiques du Canada ont connu le même sort. Les prévisions de croissance ont été revues à la baisse, le dollar a plongé et le premier ministre Stephen Harper a mis de côté son slogan décrivant le Canada comme une « superpuissance émergente dans le secteur de l’énergie. Harper a laissé entendre que le prochain budget fédéral serait plutôt axé sur le secteur manufacturier, mais les Canadiens devraient se demander s’il est approprié pour un gouvernement de décider quelles industries seront florissantes et lesquelles devraient s’affaiblir.

Lorsque le législateur rédige les politiques industrielles, il vise à déterminer la direction de l’économie. Les entreprises et les industries jugées dignes selon les critères du législateur pourront bénéficier d’avantages tel que des crédits d’impôts ou de subventions, tandis que celles qui en auraient besoin seront pénalisées par l’imposition de taxes ou encore carrément des restrictions juridiques. Le problème qui se pose est que ceux qui sont au pouvoir n’ont pas de talent particulier pour prévoir l’avenir. Malgré les hordes de fonctionnaires et conseillers, analysant des montagnes de documents et de données, le futur demeure aussi mystérieux pour eux qu’il l’est pour tous.

À titre d’exemple, une politique en matière de transport créée en 1900 aurait ainsi encouragé les chevaux, les trains ou les bateaux à vapeur. Une politique relative aux communications vers les années 1930 aurait mis l’accent sur les radios et les téléphones. Et de la même façon, une politique visant les technologies des années 1960 aurait présumé que les ordinateurs occupent l’espace d’une pièce entière. Les voyages aériens, les courriels et les ordinateurs portables n’auraient pas été envisagés, car ils n’existaient pas encore. Dans chacun de ces cas, l’ingénierie politique de l’économie amène comme conséquence un cadre politique créant un privilège enchâssé dans les technologies du moment aux dépens des technologies encore inconnues.

De surcroît, il ne s’agit pas seulement des développements technologiques inconnus, mais également de l’évolution des préférences des consommateurs. Avant Levi Strauss, qui aurait prédit que le denim deviendrait un jour omniprésent? Combien de personnes auraient prédit l’essor du rock’n’roll, anticipé que le marché des condos deviendrait populaire ou que la gastronomie indienne connaîtrait un succès mondial? Tout développement technologique et tout changement dans les choix populaires amènent des conséquences économiques importantes, car les consommateurs modifient leurs habitudes de consommation. Les entreprises doivent s’ajuster rapidement et de façon efficace afin de répondre à ces préférences changeantes, mais perdent cette habileté de réagir et de s’adapter lorsqu’elles font face à des obstacles tels que des politiques économiques visant des circonstances désuètes.

En plus de perdre leur habileté de prédire le futur, les politiciens souffrent également de d’autres défauts bien humains. En effet, même s’ils étaient en possession d’une information parfaite, il leur manquerait la sagesse et l’impartialité pour mettre sur pied des politiques servant au bien-être de tous. Ceux-ci ne sont pas en mesure de connaître les conséquences futures de leurs actions, telles que la réglementation sur l’efficacité énergétique dans l’industrie automobile, laquelle encourage la production de véhicules plus petits et plus légers, et donc moins sécuritaires, avec comme conséquence des décès causés par des accidents routiers qui auraient pu être aisément prévenus. Également, ils peuvent abandonner toute prétention de prendre des décisions vouées au bien public et simplement répondre aux incitatifs créés par notre système électoral afin de favoriser leurs propres intérêts aux dépens des contribuables, par exemple en accordant des subventions à certaines industries basées dans des régions fort peuplées et donc ayant un nombre important de votes.

En pratique, cela signifie que les politiciens, qu’ils soient à Washington pour exercer des activités de lobbying afin de faire approuver le projet Keystone ou qu’ils sauvent l’industrie automobile de la faillite, agissent en apprentis-sorciers face à un système économique complexe qu’ils ne peuvent comprendre. Ces décideurs sont coupables de ce que le grand économiste Friedrich Hayek qualifie de « la présomption fatale », c’est-à-dire la notion qu’ils peuvent modeler le monde autour d’eux afin d’accomplir leurs désirs. En résultante, au lieu de bâtir une meilleure économie, il est inévitable qu’ils encourageront plutôt la production de biens qui ne seront plus en demande, ou hypothéqueront une industrie, qui, laissée à elle-même, aurait le potentiel de créer un nombre important d’emplois et de richesse.

Le pire dans tout ceci est que le coût de ces erreurs n’est pas subi par les politiciens et les bureaucrates qui les causent, mais bien par nous tous qui devons vivre et suivre leurs règles. Au lieu de se demander si le premier ministre met trop d’accent sur le pétrole ou s’il est suffisamment passionné par le secteur manufacturier, nous devrions demander que lui et ses collègues expriment leur intérêt pour l’économie en abandonnant plutôt la planification économique dans le secteur public et simplement se retirer.