July 11, 2014 | by Dmitry Vasishev Print

Dans différents pays, la société de VTC (voitures de tourisme avec chauffeur) Uber est contestée par le corporatisme des taxis.

Par Dmitry Vasishev, depuis Washington D.C.

 

Les autorités de transport en Virginie (USA) ont récemment publié une ordonnance d’arrêt d’activitépour protester contre Uber, une application mobile qui permet aux utilisateurs de réserver et payer desconducteurs privés. Ce n’est pas la première tentative d’interdire un service de plus en plus populaire.Créé en 2009, Uber est aujourd’hui représenté dans 37 pays et a récemment été évalué à plus de 18 milliards de dollars.

Le succès de Uber est facile à expliquer. Avec les avantages de la géolocalisation et l’élimination despaiements en espèces, il est beaucoup plus pratique que les taxis traditionnels. Uber est égalementplus sûr, puisqu’aussi bien les conducteurs que les passagers doivent décliner leurs identités ettoutes les transactions sont enregistrées, contrairement aux taxis anonymes qui sont doncpotentiellement dangereux. En outre, les prix d’Uber sont souvent nettement inférieurs à ceux des taxis.

Des services comme Uber représentent clairement une percée technologique dans le transporturbain. Pourquoi, alors, ces menaces pour l’interdire ?

La réponse se trouve dans une autre caractéristique du modèle économique d’Uber. Elle réside dansles faibles barrières à l’entrée dans ce service. Un chauffeur potentiel a besoin seulement d’unevérification de ses antécédents et d’une voiture relativement nouvelle pour le rejoindre. Pasd’examens, ni de quotas ou encore de licences de taxi. Pendant ce temps, les revenus des chauffeurs ne dépendent que de la quantité et de la qualité de leur travail. Uber et son principal concurrent, Lyft, suggèrent que les conducteurs et les clients s’évaluent mutuellement, et Lyft exclutles chauffeurs avec une note moyenne inférieure à 4,5 sur une échelle de 5.

Les taxis traditionnels fonctionnent généralement sur le modèle inverse. Les revenus des chauffeurstitulaires sont essentiellement garantis en raison des exigences strictes qui limitent l’offre de services de taxi. Pour obtenir une licence, à Londres, par exemple, un chauffeur doit passer cinq examens etmémoriser 320 routes, 25.000 rues et 20.000 sites, ce qui prend en moyenne trois ans d’études avectous les coûts associés. Ces coûts sont répercutés naturellement dans le prix record des taxis deLondres.

Les bénéfices des taxis traditionnels résultent donc largement des restrictions artificielles faites à la concurrence, qui obligent les consommateurs à acheter les services des chauffeurs sélectionnés. Cemodèle économique, décrit pour la première fois par Gordon Tullock, est appelé recherche de rente. Au lieu d’améliorer leurs services ou de réduire leurs prix, les entreprises rentières dépensent leursressources pour convaincre les organismes de réglementation de limiter la concurrence ou autrementredistribuer les ressources en leur faveur. Tullock a démontré que la recherche de rente profite àcertaines entreprises privilégiées au détriment de la société.

En revanche, la libre concurrence oblige les entreprises à se concentrer sur la satisfaction desconsommateurs. De meilleurs produits et moins chers procurent des milliards de bénéfices, tandisque les mauvais produits disparaissent du marché. Ce processus, que l’économiste JosephSchumpeter a appelé la destruction créatrice, est à la base du progrès technologique et de laprospérité de la société.

Sans surprise, à l’ère de la navigation par satellite, Uber simple et abordable remporte la compétitionavec les taxis, dont le seul avantage est la connaissance personnelle de la géographie de la ville. Maispendant qu’Uber fait appel aux préférences des consommateurs, les taxis répondent en faisant appelaux organismes de réglementation. Comment est-il possible que, par exemple, 20.000 chauffeurs de taxi de Londres, soit moins de 0,2% de la population, maintiennent leur monopole au détriment dureste de la ville ? Comme dans de nombreux autres cas de recherche de rente, la démocratie échouedans cette situation parce que les bénéfices de la réglementation (que les économistes appellentrentes) d’une industrie sont concentrés sur les 0,2%, tandis que les coûts sont répartis sur les 99,8%restants. Les emplois et les modes de vie des chauffeurs de taxi sont tellement en jeu qu’ils sontprêts à bloquer les rues et dépenser de l’argent dans des actions de lobbying pour protéger leursprivilèges. Les consommateurs payent seulement quelques dollars en plus par trajet et souvent necomprennent pas comment des monopoles légaux augmentent les prix.

Ce sont précisément les avantages concentrés et les coûts diffusés qui expliquent l’attrait de larecherche de rente, et l’industrie du taxi n’est pas son exemple le plus flagrant. Les industries del’automobile défaillantes dans de nombreux pays depuis des décennies ont augmenté les prix plutôtque d’améliorer leurs voitures. Les subventions à l’énergie à travers le monde redistribuent lesressources à des entreprises sélectionnées, depuis les producteurs américains d’énergie alternativesà n’importe quelle industrie à forte intensité énergétique en Ukraine. Les subventions aux agriculteursaméricains, représentant 1% de la population, coûteront aux contribuables près de mille milliard de dollars au cours des 10 prochaines années, soit le montant de toutes les dépenses de l’éducationfédérales.

Comme indiqué, l’élimination du protectionnisme est extrêmement difficile sur le plan politique. Lesentreprises à la recherche de rente sont généralement disposées à faire n’importe quoi – del’organisation de manifestations à la corruption des politiciens – pour préserver leurs privilèges. Il afallu une révolution, une invasion étrangère, et un effondrement économique pour sortir de l’impassedes subventions de l’énergie en Ukraine.

La société semble gagner la bataille avec le lobby des taxis jusqu’à présent. Uber fonctionne toujoursà Washington. Le gouvernement britannique l’a même directement encouragé, et le nombre detéléchargements de l’application au Royaume-Uni a fait un bond de 850% après les manifestations.Cependant, la recherche de rente est généralement beaucoup plus difficile à combattre.

La seule façon de diriger toutes les initiatives entrepreneuriales vers la concurrence pour lesconsommateurs plutôt que vers le gain des faveurs des régulateurs est qu’il n’y a plus de licencesinutiles, de permis et de monopoles. Une bonne façon de commencer serait d’éliminer laréglementation du marché des taxis, surtout après qu’elle se soit montrée inutile face aux services departage de conduite de meilleure qualité et moins chers comme Uber.


Article initialement publié en anglais par AtlasOne. Traduction réalisée par Libre Afrique.