February 10, 2014 | by Edo Omercevic Print

Il semblerait qu’un printemps bosniaque soit en train d’émerger. Pendant des jours, les gens ont manifesté au quatre coins du pays contre le gouvernement et appelé les responsables à démissionner.

Mais les manifestations se sont durcies : bâtiments et routes brûlées, manifestants et policiers blessés, archives des institutions de Bosnie en flammes. Tout le système administratif était sur le point de s’effondrer. Dans un pays très bureaucratique comme la Bosnie, la perte de tels documents signifie l’effondrement total.

Contrairement à d’autres endroits, ces manifestations ne sont pas dirigées contre un tyran. Les gens protestent parce qu’ils ont faim – ils n’ont pas d’emploi. Officiellement, environ 40 pour cent de Bosniaques sont au chômage. Beaucoup de gens de plus de 30 ans n’ont jamais connu un seul jour de travail officiel.

La raison de cette situation désastreuse est évidente. Selon le dernier rapport de l’Institut Fraser sur la liberté économique dans le monde pour 2011 la Bosnie est classée 91ème sur 152 pays. Elle est particulièrement mal placée dans le domaine de la taille de l’appareil d’État (122ème) et la réglementation des affaires (120ème).

Lancer une entreprise est un cauchemar en Bosnie. Les coûts sont énormes. Enregistrer une société à responsabilité limitée exige l’équivalent de trois mois de salaire moyen (le salaire net moyen mensuel est de € 420), et après l’enregistrement, l’entrepreneur doit verser une contribution annuelle équivalente à la rémunération moyenne d’environ un mois. En plus de cela, au moins deux personnes doivent être employées à un salaire brut minimum de 300 €. Même les volontaires coûtent de l’argent à l’entreprise – l’employeur doit payer un minimum d’environ 100 € par mois à l’État. Et comme si cela ne suffisait pas, la TVA doit être payée avant que le vendeur ne reçoive le paiement de ses clients.

Mais le pire cauchemar se produit lorsque les inspecteurs d’État visitent votre entreprise. Des petites omissions peuvent vous coûter une petite fortune. Dans mon quartier, une boulangerie a fermé après qu’un inspecteur a constaté que le propriétaire n’avait pas préparé le résumé mensuel du taux de rotation des employés pour l’administration fiscale, bien qu’il ait envoyé des rapports quotidiens. L’amende s’élevait à 1000 euros, que le propriétaire ne pouvait ni ne voulait payer. En conséquence, mon quartier a perdu sa boulangerie, et le propriétaire et sa famille sont de retour sur le marché du travail, en concurrence avec d’autres personnes pour des emplois relativement peu disponibles. Des magasins, des bars et d’autres commerces sont fermés parce qu’ils ne correspondent pas complètement aux normes d’espace prescrites. Ce pays de moins de 4 millions de citoyens a 65 000 comptes bancaires bloqués pour 40 000 entreprises. Les entreprises doivent à l’État plus de 700 millions d’euros en taxes diverses (en ne comptant que les entreprises redevables de plus de 25 000 euros).

Le copinage au sein de l’État a également créé des difficultés, qui ont malheureusement produit des demandes pour davantage d’intervention de ce même État. Par exemple, à Tuzla environ 600 personnes ont accusé les autorités de fermer les yeux sur l’effondrement d’un certain nombre d’entreprises d’État après leur « privatisation » et exigé que l’État sauvent les entreprises pour garantir l’emploi et les salaires de ces personnes. En outre, de nombreux chômeurs exigent que l’État crée des emplois pour eux, s’assure que tous les diplômés aient un emploi, impose une limite d’un emploi par personne, fournisse des soins de santé universels, et, plus généralement, crée un avenir meilleur. Il s’agit là de demandes standard et impossibles, de socialistes et de communistes. La seule demande raisonnable est de réduire le salaire des hommes politiques de haut rang (qui est deux fois plus élevé qu’en Serbie voisine et jusqu’à cinq fois plus élevé que le revenu moyen de Bosnie ) et de simplifier la bureaucratie.

Les manifestations dans toute la Bosnie montrent que les gens en ont assez de la pagaille actuelle, mais leurs demandes montrent aussi qu’ils sont sur la mauvaise voie pour trouver une solution. Si les hommes politiques acceptaient ces demandes, nous aurions un État encore plus étouffant.

Les besoins de la Bosnie-et-Herzégovine ont été identifiés il y a longtemps déjà par le grand économiste Ludwig von Mises : le moyen pour les pays sous-développés de devenir riche ne passe pas par une aide matérielle. La prospérité n’est pas simplement une question d’investissement en capital. C’est une question spirituelle, intellectuelle et idéologique. Ce dont ont besoin les pays sous-développés en premier lieu, c’est d’une philosophie de la liberté économique et de l’entreprise privée.

Si nous ne parvenons pas à atteindre cet objectif, les manifestations ne mèneront pas le peuple bosniaque vers un avenir meilleur, mais bien pire.

Article rédigé par Edo Omercevic, président du Centre pour l’Avancement de la Libre Entreprise en Bosnie-et-Herzégovine et membre du réseau AtlasOne.org.

 

http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/international/europe/221191037/printemps-bosniaque